Le bilan

Comme dans toute prise en charge orthophonique, l’évaluation est un préalable indispensable à la prise en charge. Elle permet d’observer, même chez un enfant très jeune, ses compétences (ce qu’il est capable de faire), ses émergences (ce qu’il parvient à faire avec de l’aide) et ses stratégies.

Chez le bébé porteur de trisomie 21, trois points essentiels sont à évaluer :
1. La sphère oro-faciale
2. L’interaction avec les parents
3. Les compétences communicationnelles et cognitives

 

Evaluation de la sphère oro-faciale

Il n’existe actuellement aucun matériel standardisé pour l’enfant si petit. Une bonne connaissance des troubles spécifiques à la trisomie 21 (voir chapitre Symptomatologie), permet néanmoins une observation précise :
– de la morphologie du palais (ogival ?)
– du volume des amygdales (gênent-elles le passage de l’air ?)
– de la taille de la cavité buccale
– du tonus de la langue, des lèvres et des joues
– de la position des lèvres et de la langue au repos
– de la présence ou non d’une protrusion linguale
– de la présence éventuelle de bavage
– de la sensibilité endo et extra-buccale (à l’aide du doigt ou de petites brosses souples)
– du type de respiration (buccale ou nasale)
– du comportement de l’enfant lors de l’alimentation (à demander aux parents)

 

Evaluation des compétences communicationnelles et cognitives et de l’interaction avec les parents

Différents matériels (non-spécifiques à la trisomie 21) permettent d’évaluer les compétences communicationnelles de l’enfant et la qualité de l’interaction avec les parents :

Dialogoris 0-4 ans Orthophoniste
Créé en 2003 par trois orthophonistes (P. Antheunis, F. Ercolani-Bertrand et S. Roy) ce matériel très complet comprend une grille d’observation et un classeur détaillant toutes les étapes du bilan de l’enfant de moins de 4 ans, l’accompagnement parental et des pistes pour la prise en charge.
Une formation Dialogoris est également possible.

La mallette pour l’évaluation de l’enfant sans langage
Cet outil de Christine Angelmann permet de faciliter l’observation de la communication et des capacités pragmatiques de l’enfant de 6 mois à 7 ans, à partir de l’échelle d’évaluation des compétences de communication de A. Schuler.

Le Clinical Linguistic and Auditory milestone Scale : prédiction of cognition in infancy
Ce matériel a été traduit par le Dr. Picard puis étalonné et validé en France en 1984 par Mlle Bettar dans le cadre d’un mémoire d’orthophonie. Il s’agit d’un questionnaire à destination de parents d’enfants âgés de 0 à 3 ans. Il permet d’évaluer l’expression, la perception auditive, la vision et la motricité bucco-faciale (alimentation, bavage, expression et mimiques).

L’épreuve de langage pour les enfants de moins de trois ans de Nelly Carole
Cet outil permet d’explorer les capacités psycholinguistiques de l’enfant de 18 à 36 mois sans nécessiter aucune production verbale.

 

 

Le travail des trois auteurs de Dialogoris reprend les différentes étapes du bilan :

 

1. Le dialogue avec les parents. 

Il doit s’agir d’un véritable échange entre les parents et l’orthophoniste et non d’une anamnèse de type interrogatoire, trop culpabilisante. On pose ainsi des questions ouvertes leur permettant de s’exprimer.
On pensera également à s’adresser à l’enfant, lui montrant qu’on l’écoute, le comprend, et aux parents que leur enfant est digne d’intérêt et possède des capacités de communication. C’est le début de l’accompagnement parental.

Durant ce dialogue :
On expliquera ce qui, dans la trisomie 21, vient perturber la communication
On cherchera à évaluer, au travers de questions et d’échange, les compétences communicationnelles de l’enfant :

– les compétences socles ( le regard, la poursuite visuelle, l’attention conjointe, l’attention et l’orientation aux bruits environnants, les gestes communicatifs et symboliques, le pointage, l’échange et le tour de rôle, l’imitation motrice et l’initiation dans l’échange).
– la communication non-verbale (la demande, la mimique, la compréhension non-verbale,…)
– la communication verbale (le babillage, l’imitation verbale)
– les capacités cognitives (intérêts pour le monde extérieur, manipulation d’objets,…)
On tentera d’évaluer la communication des parents avec leur enfant.

 

2. L’observation des parents en interaction avec leur enfant

L’orthophoniste propose, à la suite de ce dialogue, d’observer le(s) parent(s) en interaction avec leur enfant, en situation de jeu par exemple. L’interaction peut être duelle (enfant-parent) ou triangulaire (enfant-parent-orthophoniste). Dans ce dernier cas, le parent se sent moins observé, jugé, et la situation s’en trouve plus naturelle.
Si le(s) parent(s) refuse(nt), il est important de tenter d’en comprendre les raisons, en le(s) rassurant et en le(s) déculpabilisant. Certains ne sont pas prêts à collaborer de façon aussi active et nous devons l’accepter.

Lors de cette observation, l’orthophoniste devra tenir compte des responsabilités respectives de chacun lors de difficultés dans l’échange.

Durant l’échange, les auteurs de Dialogoris. proposent d’observer et de noter tous les comportements (dont elles font la liste) favorables au développement du langage et de la communication de l’enfant.

 

3. L’observation de l’enfant et l’évaluation de ses compétences

Selon son âge, l’enfant sera dans les bras, sur les genoux du parent présent ou sur un tapis. Il ne s’agit pas d’un bilan standardisé mais d’une situation de partage, de jeu, durant laquelle on notera les comportements de l’enfant. Les auteurs proposent, en fonction de l’âge de l’enfant, plusieurs exemples de matériel à utiliser (jouets sonores, bulles et plumes de couleur, livre, cubes,…) avec, pour chacun, un certain nombre d’éléments à observer.
Cette observation permettra d’obtenir, en complément du dialogue avec les parents, des informations concernant les compétences socles, la communication non-verbale et verbale et les capacités cognitives de l’enfant (cf paragraphe précédent). On observera également les capacités motrices de l’enfant :
– tient-il sa tête ?
– tient-il assis ?
– rampe-t-il ?