Les troubles cognitifs et comportementaux

Tout comme les troubles médicaux, les difficultés cognitives et comportementales décrites ci-dessous ne sont pas à considérer comme un fait établi et inévitable, la prise en charge précoce permettant de les amoindrir.

 

La déficience intellectuelle

Bien que le Quotient Intellectuel des personnes porteuses de trisomie 21 soit en moyenne compris entre 40 et 45, les écarts interindividuels sont tout aussi importants que dans le reste de la population. Par ailleurs, au-delà des dispositions innées, on sait aujourd’hui que les expériences personnelles et l’apprentissage permettent d’améliorer considérablement les capacités intellectuelles (sans jamais tendre, néanmoins, vers un Q.I. dans la norme). Enfin, il est important de rappeler que le Q.I. correspond au rapport entre l’âge mental et l’âge chronologique, c’est-à-dire l’âge réel. Chez les enfants déficients intellectuels, l’écart entre l’âge chronologique et l’âge mental va augmenter avec les années, le Q.I. va donc diminuer. Il ne s’agit en aucun cas d’une régression. Il est très important de l’expliquer aux parents qui pourraient se méprendre face aux chiffres.

Le faible Q.I. n’est pas à lui seul responsable des difficultés des personnes porteuses de trisomie qui présentent également des troubles cognitifs bien spécifiques :

 

Un esprit purement analytique
Egalement appelé « esprit en kaléidoscope », ce défaut de synthèse ne permet pas aux enfants trisomiques de dépasser la simple analyse des détails. Ainsi, si on montre plusieurs fruits à un enfant trisomique, il dira qu’il y a une pomme, une banane et une fraise mais il lui sera difficile de synthétiser et de dire qu’il s’agit de fruits.

 

Un défaut d’anticipation
Les enfants porteurs de trisomie 21 présentent des difficultés à se représenter mentalement une action pour anticiper ses effets.

 

Un temps de latence
L’enfant trisomique, même s’il a les éléments pour répondre, marque un temps d’arrêt. Ce trouble est inhérent à la trisomie 21 et il est important de toujours laisser le temps à l’enfant et ne pas penser trop rapidement qu’il ne sait pas.

 

Un mode de raisonnement différent
Tandis que la plupart du temps nous raisonnons de manière cartésienne, logique, l’enfant trisomique lui, raisonne par analogie ou évocation. Il est important d’accepter ce mode de raisonnement, présent notamment dans certaines ethnies, tout en aidant l’enfant à acquérir un raisonnement logique indispensable dans notre société.

 

Des difficultés à intégrer une notion nouvelle
Cette difficulté entraîne un besoin constant de récurrence dans l’apprentissage. Lorsque l’on croit une notion acquise, il est très fréquent qu’elle soit finalement oubliée peu de temps après. Il faut donc y revenir avec patience.

 

Une tendance à la persévération et au maintien des conduites imitatives.
Le phénomène de persévération (répétition d’un même geste, d’un même mot) est fréquemment observé chez les personnes porteuses de trisomie 21, ainsi que des conduites d’imitation verbale et/ou gestuelle longuement maintenues chez l’enfant.

 

Les troubles sensoriels d’origine centrale

Les enfants porteurs de trisomie 21 ont une difficulté particulière à traiter l’information sensorielle qui leur parvient. Il s’agit là de troubles de l’intégration, à différencier des atteintes périphériques (atteintes du système périphérique c’est-à-dire de l’oreille externe, moyenne, et/ou interne).
Ainsi, au niveau auditif, au-delà d’une surdité potentielle, l’enfant trisomique, même s’il entend, a des difficultés à saisir les caractéristiques de la langue.
Au niveau visuel, l’enfant procède par saccades, a du mal à explorer l’objet, à en extraire toutes les informations. Sa vitesse de regard est de plus assez lente et il a des difficultés à suivre l’objet du regard.
Au niveau tactile, la sensibilité superficielle (chaud/froid, doux/rugueux,…), la sensibilité proprioceptive (sensation de position et de mouvement d’une partie du corps) et la perception de la douleur sont souvent moindres.
Le goût et l’odorat peuvent également être déficitaires.

 

Le déficit attentionnel

L’attention dirigée de l’enfant porteur de trisomie 21 est déficitaire en raison d’un défaut d’inhibition. L’enfant peine à diriger son attention vers un unique but et à inhiber les stimuli interférents.

 

Le déficit mnésique

La mémoire à court terme des personnes porteuses de trisomie 21 est déficitaire en raison de stratégies de mémorisation peu efficaces.
Néanmoins, leur mémoire visuelle est nettement plus performante que leur mémoire auditivo-verbale.

 

La maturation neuro-physiologique tardive

Cette maturation tardive du système nerveux est à l’origine d’un retard global du développement chez les personnes porteuses de trisomie 21. Néanmoins, elle leur permet des apprentissages fondamentaux tardifs (tels que lire, écrire, compter,…), bien au-delà des périodes habituelles (périodes critiques dont nous parlerons ultérieurement).

 

La fragilité psychologique et les troubles du comportement

Les personnes porteuses de trisomie 21, souvent décrites comme joyeuses, très sociables, ont une affectivité différente de la notre, et non supérieure comme il n’est pas rare de le penser.
Elles témoignent souvent d’une fragilité psychologique, innée ou liée à leur éducation, mais très peu de troubles caractériels apparaissent si une éducation précoce est mise en place.
Néanmoins la conscience du handicap, notamment lorsque la déficience intellectuelle est légère, peut être à l’origine de troubles psychologiques pouvant aller jusqu’à la dépression. Un suivi psychologique s’avère alors nécessaire.

 

Le retard psychomoteur

Les étapes du développement psychomoteur sont respectées mais tardives. En revanche, les expériences psychomotrices du jeune enfant sont moindres, ce qui est à l’origine d’une moins bonne connaissance de l’espace, de troubles de la coordination motrice, de maladresses, et de troubles du contrôle postural et de l’équilibre. Le retard psychomoteur peut également être imputé à la morphologie particulière, notamment des pieds et des mains.

 

Les troubles des repères spatio-temporels

Les notions temporelles et spatiales sont acquises de façon retardée et incomplète chez l’enfant porteur de trisomie 21.

Au niveau spatial, un retard de latéralisation peut être observé (acquise vers 9 ou 10 ans). Il est important d’être attentif au fait que, lors de la prise en charge, l’adulte étant face à l’enfant, celui-ci, par imitation, va avoir tendance à utiliser sa main gauche, en miroir de ce que fait l’adulte. Il n’est pas gaucher pour autant.
Par ailleurs, en raison du manque d’expériences sensori-motrices en bas âge, les enfants trisomiques ont une perception globale de leur corps et un schéma corporel perturbé.

Au niveau temporel, le temps formel (les jours, les semaines, les mois, les années, les saisons) est très difficile à acquérir pour l’enfant trisomique. Le temps vécu (le temps qui passe), pose également problème, notamment l’expression de la simultanéité et de la successivité.

 

Les troubles du rythme

Ils se traduisent dans les difficultés à reproduire des rythmes auditifs ou visuels mais se ressentiraient également dans les rythmes biologiques et le rythme de la parole.

 

Le déficit de la médiation verbale du comportement

La médiation verbale du comportement est le fait de verbaliser l’action, oralement ou intérieurement, afin d’améliorer les performances motrices. Elle est déficitaire chez la personne porteuse de trisomie 21.