Langage et communication: développement de la naissance à l’âge adulte

Le langage de l’enfant trisomique se développe de manière identique à l’enfant ordinaire mais retardée dans le temps et incomplète puisque le niveau langagier restera inférieur. C’est pourquoi l’exposé qui suit reprend les trois étapes du développement langagier en se référant à l’enfant tout-venant.

La période pré-linguistique ou la communication avant les mots

On sait aujourd’hui que le tout-petit est capable de communiquer, d’interagir avec son entourage par différents canaux, bien avant l’apparition des premiers mots. Cette communication pré-linguistique est une base fondamentale pour le bon développement du langage oral. Or chez le bébé porteur de trisomie 21, les canaux de l’interaction précoce sont, le plus souvent, d’ores et déjà déficitaires.

 

La posture
La manière dont l’enfant se blottit dans les bras de sa mère est une façon d’interagir avec elle. C’est ce que l’on appelle la « posture d’accordage ». Celle-ci est malheureusement altérée chez le bébé trisomique du fait de son hypotonie musculaire. La communication va dès lors être perturbée.

 

Le sourire social
Le sourire social (sourire semi-volontaire en réponse à une stimulation), qui avec le regard constitue l’un des premiers éléments de communication, apparaît vers 3 mois chez l’enfant tout-venant. Il ne doit pas être confondu avec le sourire réflexe qui apparaît dès les premiers jours de vie. Ce sourire social est parfois retardé et moins fréquent chez l’enfant trisomique. La relation affective entre le bébé et ses parents risque d’en être affectée, et de ce fait la suite du développement de l’enfant également.

 

Le regard
Le contact oculaire est le premier système de communication entre la mère et son enfant. Par le regard le bébé peut initier, prolonger ou stopper l’interaction. Ces regards soutenus vers la mère sont retardés chez l’enfant porteur de trisomie 21 (apparition vers 6 ou 7 semaines contre 4 semaines chez l’enfant ordinaire). Par ailleurs, les regards, une fois mis en place, ont une durée plus faible que chez l’enfant tout-venant. Ainsi durant les tétées, l’enfant porteur de trisomie ne passe en moyenne que 20 % du temps à regarder sa mère, tandis que l’enfant tout-venant y consacre 80% du temps.
Plus tard, l’enfant ordinaire devient moins exclusif dans ses regards à la mère pour s’intéresser à son environnement, d’abord immédiat puis plus large. Chez l’enfant trisomique en revanche, les contacts oculaires vers la mère se poursuivent, et peu d’intérêt est témoigné au monde extérieur. Ceci contribuera par la suite à une moindre connaissance de l’environnement et à un retard de développement lexical.

 

L’attention conjointe
La mère regarde ce que son enfant regarde, puis celui-ci devient capable de regarder ce que sa mère regarde (vers 1 an chez l’enfant ordinaire). Le bébé et la mère vont « parler » par leur regard au sujet de l’objet extérieur, mettant ainsi en place une relation triangulaire adulte-enfant-objet. Cette attention conjointe est indispensable à l’acquisition du langage ; c’est ce qui va permettre à l’enfant de lier le signifié (ce dont on parle, l’objet qu’on regarde dans un premier temps), et le signifiant (la séquence de sons qui forme le mot).
Chez l’enfant trisomique, la relation en triade enfant-adulte-objet est difficile à initier et à maintenir. Le regard de l’enfant reste fixé sur la mère, il semble peu s’intéresser à l’objet, notamment lorsqu’il est nouveau, et regarde très peu les objets hors de sa préhension.
Ce retard d’attention conjointe va retarder à son tour les premières manifestations de requête d’objet par le pointage.

 

Le pointage
Le pointage suit l’attention conjointe. Vers 10 mois, l’enfant, tout en regardant l’adulte, montre l’objet en produisant de petits sons vocaux, pour demander cet objet (pointage proto-impératif) puis plus tard, pour un partage d’expérience perceptive avec l’adulte (pointage proto-déclaratif). Il entre alors dans la communication intentionnelle.
Chez l’enfant porteur de trisomie, le pointage proto-déclaratif apparaît vers 2 ou 3 ans. Cependant, il n’y a pas ce partage d’expérience, l’enfant ne regardant pas l’adulte en pointant. Celui-ci n’interprète alors pas l’émission orale de l’enfant comme étant signifiante ; il ne reconnaît pas sa demande d’interaction.

 

Le babillage
D’un point de vue fonctionnel, le babillage de l’enfant porteur de trisomie 21 est identique mais moins axé sur la communication (l’aspect formel est développé dans la partie traitant du développement phonologique dans l’onglet « parole »).

 

L’imitation
L’imitation, d’abord gestuelle, puis vocale, est la base de la construction des connaissances et du langage. Elle permet également la mise en place du tour de rôle et de parole, explicité dans le paragraphe suivant. Or on observe une difficulté à imiter chez le très jeune enfant trisomique.

 

Le dialogue pré-conversationnel
L’une des règles principales du dialogue est le tour de parole (on parle l’un après l’autre). Cette caractéristique du dialogue se met en place bien avant le langage, la mère plaçant naturellement ses interventions, verbales ou gestuelles, dans les moments de vide.
Dans les dyades maman-enfant trisomique, on observe une difficulté à mettre en place le tour de rôle, de nombreux chevauchements étant manifestes. Plusieurs éléments pourraient justifier ce phénomène : la difficulté d’inhibition de l’enfant porteur de trisomie dont nous avons parlé précédemment, et son temps de latence qui n’est pas respecté par la mère, celle-ci parlant à sa place, attitude naturelle face à une personne en difficulté.

 

L’acquisition du langage : des premiers mots aux premières phrases

Le langage de l’enfant porteur de trisomie 21 évolue de la même manière que celui de l’enfant tout-venant, mais de façon retardée et incomplète.

Ainsi, en l’absence d’éducation précoce, les premiers mots apparaissent avec au moins un an de retard ainsi que le reste du développement lexical.
Les réels progrès lexicaux ne sont observables que vers trois ou quatre ans, sans la réelle explosion observée chez les enfants ordinaires.

Les premières courtes phrases (juxtapositions de deux mots telles que « papa parti ») n’apparaissent pas avant l’âge de quatre ans lorsque le stock lexical de l’enfant est suffisant (une vingtaine de mots).

En résumé, l’enfant porteur de trisomie 21 a le niveau linguistique d’un enfant tout-venant plus jeune.

 

L’évolution du langage et le devenir langagier

Les contenus sémantiques
Les études ont mis en évidence qu’à niveau syntaxique égal, les enfants porteurs de trisomie 21 utilisent les mêmes relations sémantiques que les enfants tout-venant. Le développement sémantique est, comme le reste du développement linguistique, plus lent mais comparable.

 

La réalisation morpho-syntaxique
L’augmentation le la longueur des énoncés est retardée chez l’enfant porteur de trisomie 21. Ainsi, en l’absence d’éducation précoce, l’enfant trisomique sera capable :
– vers 4 ans : de combiner 1 à 2 mots (vers 23 mois chez l’enfant ordinaire)
– vers 7 ans : de combiner 3 à 4 mots (vers 30 mois chez l’enfant ordinaire)
– vers 10-11 ans : de produire des énoncés de 5 ou 6 mots.
Néanmoins, à longueur d’énoncés égale, on constate que les enfants porteurs de trisomie 21 et les enfants tout-venant emploient, dans les mêmes proportions, des énoncés sans verbe, des adjectifs et des adverbes. Le développement morpho-syntaxique est donc lui aussi retardé par rapport à l’enfant ordinaire mais procède de la même manière.
Cependant, l’écart de niveau persistant, le développement morpho-syntaxique reste incomplet. Ainsi la formulation de questions et de messages complexes poseront souvent problème aux personnes porteuses de trisomie 21. Les flexions de verbes, articles, prépositions, pronoms et conjonctions resteront souvent peu employés. Les phrases pourront être agrammatiques.

Il est important de noter l’existence d’une importante hétérochronie entre le niveau linguistique des enfants ou personnes porteuses de trisomie 21 et leurs centres d’intérêt. En effet : à 10 ans, l’enfant trisomique peut avoir le niveau lexical d’un enfant de 5 ans, le niveau morpho-syntaxique d’un enfant de 3 ans, mais le contenu sémantique de ses messages et ses centres d’intérêts correspondent à ceux d’un enfant de 7 ou 8 ans. Il est primordial de tenir compte de ce constat et ne pas infantiliser la personne.

 

Les capacités discursives
Les difficultés de synthèse (« l’esprit en kaléidoscope ») exposées dans la partie troubles cognitifs  de l’onglet symptomatologie, s’observent également au niveau linguistique. Ainsi lors du discours, la personne porteuse de trisomie 21 s’attache souvent aux différents détails, ne synthétise pas, et fait peu de liens entre les idées, rendant son récit difficile à suivre pour l’interlocuteur.

La compréhension
Elle est bonne en contexte mais difficile dans le cadre de phrases syntaxiquement complexes et hors contexte. Les tournures négatives mettent également en difficulté les personnes porteuses de trisomie 21.
Néanmoins, le niveau de compréhension est bien meilleur que celui d’expression.
Par ailleurs, ce que l’on croit être des troubles primaires de la compréhension peut parfois être imputé au trouble des écoutes (exposé dans la partie troubles cognitifs de l’onglet symptomatologie) c’est-à-dire à une difficulté à intégrer et interpréter la parole.

 

Les capacités de communication
Les enfants et adultes porteurs de trisomie présentent une appétence à la communication et n’hésitent pas à utiliser la communication non-verbale (mimes, mimiques, comportement affectif et gestuel) pour se faire comprendre. Il est important de respecter ces moyens spontanés car l’essentiel n’est pas de viser une norme, mais de parvenir à communiquer avec autrui.

 

Les habiletés pragmatiques
L’enfant trisomique a conscience de l’autre, il ajuste son propos à l’interlocuteur, manifeste son désir de maintenir l’échange lors de difficultés. En revanche, l‘expression des émotions se fait plus rare et discrète que chez l’enfant tout venant. On observe alors un décalage entre ce que ressent réellement l‘enfant et ce qu’il exprime.