Les facteurs influençant le langage et la communication de la personne porteuse de trisomie

Rappelons-le : chaque personne porteuse de trisomie 21 est unique. Bien que des constantes soient observées, les compétences langagières et communicationnelles des personnes trisomiques montrent uneimportante variabilité inter-individuelle. Ces différences de niveau dépendent à la fois de facteurs innés et de l’environnement dans lequel évolue l’enfant.

 

Les facteurs intrinsèques

 

La déficience intellectuelle et les caractéristiques cognitives inhérentes à la trisomie 21
Les compétences langagières sont bien entendu corrélées au niveau intellectuel de l’individu. Néanmoins, la seule déficience intellectuelle ne peut être à l’origine des difficultés de langage des personnes porteuses de trisomie 21, des études ayant montré qu’à âge mental égal, le niveau langagier des enfants porteurs de trisomie était inférieur aux autres. Les caractéristiques cognitives liées à la trisomie 21 sont l’une des causes principales des troubles du langage (pour le détail des troubles cognitifs, se référer à la partie symptomatologie).

  • Les difficultés d’attention sélective et soutenue: elles ne permettent pas à l’enfant porteur de trisomie 21 de repérer les informations essentielles dans le discours de son interlocuteur. Sa compréhension est altérée par ce déficit de sélection.
  • L’esprit analytique: ce défaut de synthèse se retrouve également au niveau linguistique et entraîne des difficultés quant à l’organisation syntaxique de la phrase, ne permettant pas de dépasser la simple énumération des différents détails. Cet esprit « en kaléidoscope » vient également perturber l’organisation du discours, l’enfant trisomique ne parvenant pas à synthétiser les informations. Son récit est dépourvu de liens logiques, liens qu’il ne parvient pas non plus à faire entre les énoncés de son interlocuteur. Sa compréhension se voit donc également altérée par ce défaut de synthèse.
  • Le déficit de la mémoire auditivo-verbale: il altère leurs possibilités d’imitation et de reproduction d’énoncés, capacités nécessaires à l’acquisition du langage. Par ailleurs, le déficit des stratégies de mémorisation ne permettant pas l’accès rapide à l’information audivo-verbale, entraîne une difficulté à traiter la production langagière d’autrui. La compréhension syntaxique s’en trouve altérée. Le déficit mnésique est enfin à l’origine de difficultés d’évocation et de catégorisation, ainsi que de difficultés à retenir et généraliser les règles morpho-syntaxiques.
  • Les conduites imitatives longuement maintenues: l’enfant porteur de trisomie 21 reprend les tournures syntaxiques des phrases de l’adulte. On n’observe pas le phénomène de surgénéralisation des règles qui montre que l’enfant s’est approprié la syntaxe et en a saisi les règles ( « ils sontaient » pour « ils étaient »).


Les troubles perceptifs centraux et périphériques
(se référer également à la partie symptomatologie pour plus de détails)

  • Les troubles centraux: les enfants porteurs de trisomie 21 ont des difficultés à traiter l’information sensorielle qui leur parvient. L’exploration visuelle et tactile de leur environnement est insuffisante et ne leur permet pas la connaissance de celui-ci nécessaire au bon développement lexical. Quant au trouble des écoutes (difficulté à intégrer et interpréter la parole), le langage va s’en trouver directement altéré, ce qui est mal perçu ne pouvant être bien reproduit. Des troubles importants de compréhension seront également engendrés.
  • Les troubles périphériques éventuels: la présence ou non de troubles auditifs périphériques associés viendra modifier considérablement la qualité de l’expression et de la compréhension. Notons à ce propos que les hypoacousies potentiellement réversibles liées à des otites chroniques, surviennent souvent au moment où l’enfant acquiert le système phonologique et les contrastes phonétiques de la langue. L’expression orale s’en trouvera alors très altérée.

 

Le retard psychomoteur
Les difficultés psychomotrices de l’enfant porteur de trisomie 21 entravent sa communication non-verbale et ses demandes par le geste.
Son retard postural et notamment son manque de tenue du tronc et de la tête, ne lui permettent pas de communiquer avec son entourage et d’explorer le monde comme un enfant tout-venant.

 

Le syndrome oro-facial
Se référer à la partie symptomatologie pour l’explication détaillée de ce syndrome inhérent à la trisomie 21. Rappelons juste que toute la communication va se trouver altérée par les troubles de la mimique et les importantes difficultés d’articulation engendrés par ce trouble.

 

Les facteurs extrinsèques

Comme tous les individus, les personnes porteuses de trisomie 21 voient leur langage se développer en fonction de critères innés mais également, et plus que tout autre, en fonction de l’environnement dans lequel elles évoluent et de leurs apprentissages.

 

L’environnement et la qualité des interactions parent-enfant
En préambule il me semble important de préciser ce à quoi réfère le terme « parent ». La littérature parle quasi-exclusivement des relations mère-enfant. Or dans la pratique, les pères aussi peuvent être très présents et s’investir pleinement auprès de leur enfant. C’est pourquoi il me paraît important de remplacer le terme « mère » par le terme « parent », car chaque famille a son histoire.

L’environnement familial influence de façon conséquente le développement langagier de l’enfant, qu’il soit ou non déficient intellectuel. La relation parent-enfant joue un rôle primordial dans le développement de celui-ci, et, plus particulièrement, la relation communicationnelle influence le développement du langage. L’enfant porteur de trisomie 21 qui évolue dans un environnement non-stimulant ne pourra pas atteindre le niveau langagier d’un enfant très stimulé, même si une prise en charge orthophonique est mise en place dès le plus jeune âge.

Les différentes études concernant le style interactif des mères d’enfants porteurs de trisomie 21 * (ici il s’agissait bien de mères) ne mettent pas en évidence les mêmes résultats. Néanmoins, en résumé, si l’on prend garde d’apparier les enfants porteurs et les enfants tout-venant par âge développemental (étude de Laroche, 2006) et non par âge chronologique, on observe chez les mères d’enfants porteurs :
– davantage d’encouragements et de commentaires positifs
– un comportement plus axé sur l’éducatif
– une mauvaise gestion des tours de parole (les mères ne laissant pas assez de temps à leur enfant pour répondre).
* Jones (1980), Marfo (1990), Mc Coy et Buckhalt (1990), Mahoney et al. (1990), Laroche (2006).

La pratique montre cependant une grande variabilité d’une famille à une autre et chacun réagit différemment face à son enfant en difficulté et face au choc lié au diagnostic. Néanmoins, les comportements interactifs sont toujours perturbés et l’accompagnement parental aura pour objectif de rétablir leur bon fonctionnement.

 

La présence d’interventions pré-langagières et langagières
Les intérêts de cette prise en charge sont développés dans la partie Education précoce en orthophonie. Néanmoins, il convient d’ajouter aux différents facteurs influençant le niveau langagier de la personne porteuse de trisomie 21, la présence, ou non, d’une intervention orthophonique. Celle-ci, débutée le plus précocement possible, aura pour objectif prioritaire une communication de meilleure qualité. Ainsi, l’orthophoniste s’attachera au développement et à l’enrichissement du lexique et de la syntaxe, au travail de l’informativité, de la compréhension,… tout en veillant à maintenir l’appétence à la communication. Les troubles ne venant pas perturber la communication, tels qu’un léger défaut d’articulation ou une raucité de la voix ne seront donc pas les priorités du thérapeute.